Pouvoir temporel des évêques 

Un évêque est un dignitaire de l'Église chargé de la gestion d'un diocèse. Dans la hiérarchie ecclésiastique, c'est l'une des fonctions les plus élevées et les plus importantes. Il a différents pouvoirs que l'on distingue en deux catégories : le temporel et le spirituel. 

Le pouvoir spirituel désigne la fonction sacrée de l'évêque et ce qui a rapport à la religion, à l'âme et au salut des fidèles. Ainsi, l'évêque s'occupe de l'office, de l'enseignement du catéchisme à la population. Il détient également un pouvoir temporel qui désigne un pouvoir civil généralement attribué aux souverains ou aux laïcs. En effet, l'évêque est chargé de la gestion des biens matériels de l'Église dans son diocèse comme les édifices religieux, le mobilier, etc. De plus, il gère les différents revenus du diocèse ainsi que les terres et les domaines donnés à l'évêché. Outre cette gestion et l'organisation du chapitre (assemblée de clercs appelés chanoines et attachée à une cathédrale), l'évêque rend la justice et intervient également comme médiateur lors de conflits entre seigneurs.

Cependant, le rôle des évêques à Melgueil évolue en 1085 lorsque Pierre Ier inféode son comté au pape Grégoire IX. Il concède le comté au pape en échange de sa protection contre les visées de son beau-frère, Raymond IV de Toulouse puis de ses successeurs.  En contrepartie, Pierre Ier s'engage à verser au pape un cens annuel. Cette redevance au montant fixe est perçue par l'évêque de Maguelone au nom du souverain pontife qu'il représente à Melgueil. 

À partir de cette donation, le pape peut nommer les évêques de Maguelone à la place des comtes qui s'étaient auparavant approprié ce privilège régalien. Ainsi, au Xe siècle, quatre évêques auraient été nommés par les comtes. Désormais, une relation de vassalité entre le pape et le comte existe. Le pape peut donc intervenir comme suzerain du comte et toucher directement ses biens matériels en cas de conflits ou de désobéissance. Par exemple, si le comte ne verse pas ce cens annuel ou s'il ne fait pas une bonne gestion du comté, le pape peut le lui confisquer. C'est la raison pour laquelle le pape Innocent III retire le comté de Melgueil des mains du Raymond V de Toulouse en 1211. De plus, celui-ci est accusé de ne pas verser le cens annuel dû depuis 40 ans et de mal gérer le domaine. Cette confiscation s'inscrit dans le cadre de la lutte de la papauté contre l'hérésie albigeoise, le non-versement du cens ainsi que les autres accusations ne sont en fait que des prétextes pour retirer le comté aux comtes de Toulouse. 

Par la suite, le comté est inféodé à l'évêque de Maguelone et devient un comté épiscopal sous la direction de Guillaume d'Antignac, premier comte-évêque de Melgueil. Pour détenir pleinement la couronne comtale, il doit financer plusieurs éléments comme les droits d'entrées, le cens annuel et les frais des délégués envoyés à Rome ou encore la recherche de documents chez le comte de Toulouse pour justifier les limites et les droits du comté. Afin de couvrir ces frais et en respectant les consignes du pape, l'évêque s'endette et concède des biens à des personnes du diocèse. Il demande également des dons aux fidèles et perd ainsi de son autorité morale. De plus, Guillaume d'Antignac intervient de plus en plus dans les affaires économiques du comté comme la frappe du denier melgorien, la monnaie locale. Les évêques de Maguelone se sont intéressés très tôt à cette activité monétaire car ils peuvent en tirer de grands profits. L'évêque apparaît donc de moins en moins comme une autorité spirituelle auprès de la population.

Ce renforcement du pouvoir temporel et cette mise au second plan du pouvoir spirituel des évêques de Maguelone sont également perceptibles dans les rapports avec le pape. En effet, avant l'inféodation du comté à l'évêque, le contenu des lettres papales, également appelées bulles, revendique les droits du pape auprès du comte mais se concentre principalement sur les affaires du diocèse. Cependant, à partir d'Innocent III et l'inféodation du comté aux évêques, le temporel et le spirituel sont plus étroitement liés. Il n'y a plus aucune bulle sur les affaires diocésaines.