Les femmes et la sphère domestique 

Aux XIXème et XXème siècles, les femmes s'inscrivent dans les sphères privées et familiales en tant que fille mais aussi comme épouse et mère. À tout âge, les femmes s'occupent de diverses tâches domestiques, considérées comme relevant de leur rôle : soin de la maison et des enfants, repas, couture, corvée de l'eau, entretien du linge... À Mauguio, au XIXème siècle, les femmes se rendent au bassin sur le chemin des cabanes de Salaison pour y laver le linge, on les nomme les“Laveuses". Elles s'y rendent en charrette tractée par un âne. Au début du XXème siècle est construit le château d'eau au sommet de la motte ce qui permet l'arrivée de l'eau courante à Mauguio. La municipalité fait construire des lavoirs, ceux-ci deviennent rapidement un lieu de sociabilisation pour les femmes qui s'y rendent le plus souvent le lundi avec leur linge, une pierre, du savon de Marseille, une brosse en chiendent ainsi qu'un battoir. 

© Archives municipales de Mauguio 

À Mauguio comme ailleurs, les femmes se chargent de diverses tâches liées au foyer et à la sphère domestique à l'époque contemporaine. En plus de cela, les figures féminines du foyer prennent généralement part aux activités professionnelles de leurs maris. On parle alors de femmes de cultivateurs ou d'exploitants agricoles. Actives au même titre que la figure masculine de référence (père ou mari), elles sont toutefois souvent notifiées dans les recensements de Mauguio comme“sans profession", bien qu'elles aient sans doute occupé des rôles plus qu'essentiels dans le déroulement des activités. Les femmes agissent aux côtés de leurs maris, sans contrat, dans un cadre familial ou conjugal. C'est un travail considéré comme désintéressé et gratuit, assimilable aux obligations que la femme doit à son mari ou à son père. Donc, en plus des tâches domestiques, les femmes se chargent de plusieurs activités agricoles qui leur sont confiées selon une division sexuée du travail : elles s'occupent du potager, de l'élevage laitier, de nourrir les animaux lorsque les hommes manient les outils, les machines et se chargent de toutes autres activités considérées comme plus physique. À Mauguio, l'agriculture a toujours joué un rôle capital, les femmes d'agriculteurs étaient nombreuses, ainsi elles participaient sans doute au même titre que leurs maris au développement des vergers et des terres maraîchères ainsi qu'à la gestion des troupeaux.

© Archives municipales de Mauguio 

À Mauguio, comme dans tout le Languedoc depuis le Moyen-Âge, plusieurs exploitants se spécialisent dans le travail viticole. Ce secteur a recours à une main d'œuvre féminine, qu'elle soit affiliée à l'exploitant ou agissant en tant que travailleuse journalière. Dans le monde viticole, les femmes sont considérées comme efficaces de par leur polyvalence. Les viticulteurs apprécient la présence féminine en raison de compétences considérées comme des“qualités naturelles féminines" (souplesse du corps, agilité des doigts, patience) ainsi que pour leur caractère, qui les prédisposerait à certaines tâches. À Mauguio, les filles de propriétaires viticoles se doivent d'épouser des hommes au statut égal au leur. Elles ne travaillent pas réellement mais ont de nombreux passe-temps tels que la broderie. Le nombre d'enfants qu'elles se devaient d'avoir est également contrôlé afin de ne pas poser de problème pour l'héritage de la propriété. 

©Raconte-moi les rues de Mauguio 

À Mauguio à l'époque contemporaine se développe l'artisanat. Dans ce secteur également, les femmes accompagnent et secondent leurs maris, on retrouve alors des traces de femmes de boulangers, femmes de poissonniers, femmes de bouchers... elles aussi généralement considérées comme sans profession. Les épouses occupent toutefois un rôle prépondérant dans la bonne tenue et la gestion des affaires. Les femmes ne sont pas formées à l'artisanat mais se chargent de la vente des produits, de la caisse, et de la comptabilité. Pour ne donner qu'un seul exemple, à Mauguio, Clotilde Valette accompagne son mari Henri au cœur de la boulangerie-pâtisserie située rue de la Motte, en se tenant derrière le comptoir lorsque son mari se charge du fournil. Au cœur des Halles de la ville, détruites en 1957, beaucoup de femmes viennent vendre les produits issus des activités familiales. Parmi elles, Anaïs, sur la photographie ci-dessous, vend des fruits et légumes, d'autres femmes vendent de la morue salée, d'autres de la viande fraîche ou encore des bonbons et des biscuits. 

© Raconte-moi les rues de Mauguio

Annie marchand aux Halles © Alice Rey

Dans la sphère domestique, les femmes ne travaillent pas uniquement aux côtés de leurs maris. Elles réalisent également des travaux d'appoint à domicile afin d'obtenir un salaire supplémentaire. À Mauguio, par exemple, beaucoup de femmes sont couturières.  Cette pratique, pouvant être considérée comme une tâche domestique, évolue de par l'introduction de la machine à coudre au XIXème siècle. Dès lors, grâce à la productivité induite par la machine à coudre, les femmes monnayent leur production en les vendant à autrui. Ce travail permet aux femmes, épouses et mères, de rester à la maison et de concilier travail et famille.

 

En somme, les Melgoriennes, au-delà de se charger des tâches liées au rôle de fille, de mère et d'épouse, prennent part d'une certaine manière à la vie active aux côtés de leur famille sans pour autant être considérées comme des travailleuses. Elles occupent une place vue comme subalterne bien que leur présence soit essentielle. Les femmes s'inscrivent alors dans la vie active selon une division des tâches sexuée et imbriquée dans la sphère familiale. Le domicile peut même parfois être le lieu de travail des femmes comme pour les couturières. Les femmes prennent place dans les champs, derrière les comptoirs, auprès des étals de marché, jamais trop éloignées de l'autorité masculine ou de leur domicile.