histoire des comtes de melgueil

Au Moyen-Âge, le comté est une circonscription administrative du royaume de France. Il se confond avec les limites des diocèses à partir du VIIIe siècle pour ne plus avoir de limites fixes par la suite. Il est dirigé par un comte, c'est-à-dire un homme qui exerce une charge de représentant du Roi, choisi parmi ses fidèles et envoyé dans un comté en son nom. Progressivement, la charge de comte n'est plus désignée par le Roi mais se transmet de père en fils. 

Le comte exerce donc, au nom du Roi, des missions civiles et militaires, il rend la justice, gère les finances et perçoit des impôts. Au IXe siècle, outre ces devoirs, certains comtes s'attribuent des pouvoirs royaux comme celui de frapper la monnaie. Ainsi Mauguio, qui s'appelle Melgueil, appartient au comté de Maguelone selon les limites du diocèse des évêques de Maguelone. En effet, le siège épiscopal, ou plus simplement le siège des évêques, est souvent installé dans le chef-lieu avec le siège comtal.

Cependant, à cause de son emplacement stratégique de presqu'île, la ville de Maguelone est détruite en 738 lorsque Charles Martel bat en retraite face aux Sarrasins. En effet, il détruit les villes pouvant leur servir de refuge. De ce fait, le comte et l'évêque s'installent à Substantion, sur le territoire actuel de Castelnau-le-Lez, pour continuer l'exercice de leurs fonctions. Ce n'est qu'aux alentours de 960 que les comtes de Substantion déménagent à Melgueil. L'évêque, quant à lui, reste à Substantion jusqu'en 1035 avant de retourner à Maguelone.

Parmi les différents comtes de Melgueil, il est possible de citer certaines personnalités importantes :

  • Bernard II : Il octroie à Guilhem, en échange de son dévouement, un manse de terre qui deviendra la ville de Montpellier en 986.

  • Pierre Ier : Il inféode son comté au pape Grégoire IX en 1085. Par cette donation, il renonce à un des pouvoirs que ces prédécesseurs s'étaient attribués : le droit de nommer les évêques.

  • Pons de Melgueil : Il est d'abord moine à l'abbaye Saint-Pons-de-Thomières. En 1109, il devient abbé et succède à Hugues de Cluny, abbé entre 1049 et 1109. Sous son abbatiat l'ordre clunisien connaît une forte expansion. Devenu abbé de Cluny, Pons de Melgueil prend, ensuite, parti pour le pape dans la Querelle des Investitures qui oppose le pontife à l'Empereur du Saint-Empire Romain Germanique à propos de la pratique de l'investiture accordée aux évêques par les pouvoirs laïcs. L'investiture désigne la donation d'une église et de la dignité ecclésiastique qui y était jointe, c'est-à-dire de l'office spirituel de l'évêque. Pendant 12 ans, il dirige le monastère avant de démissionner en 1122 à cause des désaccords de plus en plus nombreux avec le pape et les abbayes-filles dépendantes de Cluny. Par cette action, il renonce définitivement à sa charge d'abbé de Cluny. Après un séjour à Jérusalem, il fonde un monastère en Italie en 1124. Un an après, il s'empare de l'abbaye de Cluny et l'occupe pendant 7 mois avec le soutien de partisans composés de laïcs et de moines. Pour cette raison, avec les "pontiens", ses partisans, il est excommunié par le pape Honorius II en Avril 1126. En octobre 1126, le pape organise une rencontre au cours de laquelle les pontiens acceptent de faire pénitence contrairement à Pons. De ce fait, l'excommunication est réaffirmée et il est emprisonné à Rome où il meurt de malaria la même année.

  • Raymond II : Il tente de récupérer l'indépendance du comté. Cependant, il est excommunié avant d'accepter la donation et de s'excuser auprès du pape. 

  • Béatrice de Melgueil : De son second mariage avec Bernard Pelet, elle a deux enfants : Bernard qu'elle déshérite et Ermessende qu'elle marie au comte Raymond V de Toulouse. 

  • Raymond V de Toulouse : Ermessende est sa première épouse. Il reste comte de Melgueil jusqu'en 1211, date à laquelle le pape Innocent III lui confisque le comté parce qu'il n'a pas payé le cens annuel depuis 40 ans.

En 1215, le pape confie le comté à l'évêque Guillaume d'Antignac qui devient un comte-évêque. Ainsi, le comté de Melgueil devient un comté épiscopal. Cependant, les rois de France revendiquent la possession du comté de Melgueil et tentent de le rattacher au domaine royal, c'est-à-dire aux terres directement gérées par le Roi. Dès lors, les comtes-évêques se plaignent régulièrement auprès du pape des empiétements des officiers royaux sur leur juridiction. Ainsi, en 1236, les officiers du Roi s'emparent des péages du comté et l'envahissent. Le pape multiplie les bulles, c'est-à-dire les lettres pontificales, pour défendre les droits de son évêque. Le Roi Louis IX, tout juste majeur, reconnaît alors la faute et restitue les péages. Il restitue également les châteaux sur lesquels l'évêque pouvait prouver son droit de possession. Aucun autre conflit majeur n'a lieu jusqu'en 1250, date à laquelle les papes doivent encore intervenir en faveur des propriétés et des droits du comte-évêque avec des documents qui ne sont pas en leur possession à cause de la famille de Bernard Pelet. En effet, ses descendants revendiquent encore le comté et refusent de se dessaisir des actes affirmant les limites du comté. 

Pendant ce temps, les officiers royaux continuent d'étendre leurs prérogatives dans le comté de Melgueil. En 1271, à la suite de la mort d'Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX et dernier comte de Toulouse, le Roi de France hérite de ce comté. De ce fait, dès son couronnement en 1285, Philippe IV le Bel revendique la domination de tout le Midi, dont le comté de Melgueil. Ainsi, à la fin du XIIIe siècle, le comté est rattaché au domaine royal du Roi de France mais il reste géré par des comtes-évêques jusqu'à la Révolution Française. 

Le domaine royal en 1270

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